YOGANGAS – Les huit « piliers » ou étapes du Yoga

YOGANGAS – Les huit « piliers » ou étapes du Yoga

Ces règles sont très difficiles à appliquer totalement, il faut donc retenir que chacun avance en fonction de ses capacités, de ses possibilités, qui sont liées à son existence, à son environnement, etc., et qu’il faut du temps pour aller là où l’on veut.

CEPENDANT : Si l’on désire adapter le Yoga à sa vie quotidienne, il faut, avec le temps, modifier le comportement de sa vie quotidienne !

YÂMAS – règles morales universelles, yâma se traduit par : fait de retenir, contrôle de soi, règle, devoir moral, observance, qui se maîtrise.

AHIMSA : vient de la racine sanskrite « HIMS », qui se traduit par : absence du désir de tuer. Traduit par Gandhi par « non violence ». La formulation la plus ancienne en Inde s’appelle « praya » (la contrainte, la mort), amener la faute à sa racine, à sa création, à son auteur.
Ahimsa est le point central des yâmas. Les règles sont en accord avec le dharma , mais la structure n’est pas forcément en accord avec lui. Il concerne le respect de la vie, s’abstenir de blesser un individu physiquement et moralement, n’offenser aucun être, même par la pensée. Quand il y a une tendance à « himsa » (heurter, tuer, offenser), il faut chercher à penser aux conséquences. Il est nécessaire de maintenir l’équanimité (1) du mental en toutes circonstances et conditions hostiles.
Les pensées doivent êtres pures. Toutes les actions entreprises sans aucun égoïsme ni le sens d’en être l’auteur sont Ahimsa. Ahimsa s’accompagne de « Abhâva » (qui n’a pas peur, libéré de la peur), et de « akrodha » (qui n’a pas de colère, libéré de la colère). Il faut plutôt chercher à être en colère contre soi-même, et s’opposer au mal qui est dans l’homme, et non à l’homme lui-même. Pratiquer la bonté, la bienveillance envers les autres, est le moteur pour atteindre à tout cela.

(1) équanimité : Disposition à respecter les droits de chacun, conception d’une justice naturelle qui n’est pas inspirée par les règles du droit en vigueur.

SATYA : Se traduit par vrai, réel, authentique, véritable, sûr, sincère, fidèle, loyal, véracité (habitude de dire la vérité), et aussi: exactitude, promesse, serment, maintien de la parole donnée.
C’est un accord entre la parole, la pensée et ce qui a été vu et vécu. Satya est traduit d’une façon simple par « ne pas mentir », cependant toute parole ne doit pas forcément être dite, même si elle est vraie. Cela concerne aussi les insultes, les obscénités, les abus de confiance, la calomnie, la moquerie. Si la langue émet des paroles de vérité, si l’esprit émet des pensées de vérité, et si la vie toute entière est basée sur la vérité, alors l’être humain est prêt pour la recherche spirituelle.
Quand Satya est fermement établi, il y a interférence entre satya et ses fruits. L’être reçoit le fruit de ses actions sans rien faire apparemment.

ASTEYA : Se traduit par : ne pas voler, honnêteté, c’est renoncer au vol en parole, pensée et action.
Dans les enseignements du Yoga, certains enseignent : « Le père de famille qui commet un vole par nécessité pour protéger sa famille ne commet pas un vol. Mais le Sannyasin qui vol alors qu’il ne doit rien posséder est un voleur ». C’est aussi ne pas utiliser quelque chose pour un autre but que son usage normal, ne pas prendre ou utiliser ce qui est à autrui sans sa permission.
« Ne pas penser à s’approprier de la nourriture, des vêtements, de l’argent, des biens, une femme ou un homme, et même la connaissance (Swami Yogheswarananda Saraswati) ».
Cela concerne aussi l’abus de propriété, le mauvais usage, l’abus de confiance, la mauvaise gestion.

BRAHMACHARYA : Se traduit par : continence, chasteté, célibat, fait de démarcher, errer, mode de vie ou raison d’être du brahmacharin. Est brahmacharin celui qui voyage dans la sagesse (dans le Véda).
C’est d’abord le premier stade qui précède le mariage, moment que le jeune Brahman passe à s’instruire auprès de son maître. Brahmacarya n’a pas de rapport avec le fait d’être célibataire ou marié et vivant une vie de chef de famille. Pour respecter les règles du dharma, il n’est pas nécessaire de rester célibataire et sans foyer. « Sans l’expérience de l’amour et du bonheur humain, il n’est pas possible de connaître l’amour divin ».
Brahmacarya développe un esprit courageux, permet de lutter contre les injustices et d’œuvrer pour une vie plus sage, plus juste. Le plaisir sexuel sans restriction ne donne pas la satisfaction. Plus grand est le plaisir, plus grand est le désir d’en jouir, et plus grand est l’attachement. Cela crée de puissants liens émotionnels, source de peurs, conflits, misères et peines.

APARIGRAPHA : Se traduit par : non appropriation, ne pas amasser, ne pas accumuler d’objets, de dons qui ne sont pas nécessaires.
C’est ne rien prendre qui ne soit le fruit d’un travail. Ne rien accepter à titre de faveur. Chercher à être satisfait quelque soit l’événement, cela permet d’être en harmonie avec soi et son propre karma. Le Yogi sait que toutes les choses dont il a vraiment besoin viendront en temps utile, il n’a pas besoin de courir après.

« A ceux qui sont en harmonie avec Moi, je garantis la sécurité pour toujours » (Bhagavad-Gîtâ).

A ces cinq yâmas , les enseignements anciens en ajoutaient cinq de plus :

LA CONSTANCE : La persévérance de ses opinions. C’est aussi continuer son action quoiqu’il arrive, sans être découragé par les retards, les difficultés, la maladie, les échecs. Mais aussi, ne pas être obtus, têtu, buté sur les décisions entreprises. Ce qui implique de savoir ce que l’on désire, et là où l’on veut aller. La constance est absente en cas de dispersion, elle est présente dans la recherche de l’unité de son être.

LA COMPASSION : Prendre part aux maux d’autrui, le don de soi, être conscient de la réalité de la vie. La vrai compassion est « non verbale, non mentale ».

LA DROITURE : Elle exprime la qualité d’une personne loyale, sincère, fidèle, dévouée face aux actions entreprises. Les fonctions vitales, mentales et émotionnelles sont alors purifiées, claires, équilibrées.

LE PARDON : pardonner aux autres, à soi même. Cultiver le pardon supprime l’esprit de dualité et produit la paix.
« Alors que les autres dorment quand le devoir les appellent et ne s’éveillent que pour prétendre à leurs droits, le Yogi est pleinement conscient de ses devoirs et ferme les yeux sur ses droits. C’est pourquoi il est dit que dans la nuit de tous les êtres, l’homme discipliné et paisible s’éveille vers la lumière », (B.K.S. Iyengar dans Yoga Dipika – Lumière sur le Yoga).

LA MODÉRATION DANS LA NOURRITURE « Le yoga est interrompu par les excès de nourriture » (Hatha Yoga Pradîpika -15-90).
Le premier obstacle est « trop manger ». « En vérité le Yoga n’est pas pour celui qui dort trop, ni pour celui qui veille trop. L’être humain qui est mesuré dans sa nourriture et ses délassements, mesuré dans ses gestes et ses activités, dont le temps de sommeil et le temps de veille sont réglés, pour lui il y a Yoga qui détruit toute souffrance », (Bhagavad-Gîtâ IV, 16-17).
« On doit emplir deux quarts de l’estomac avec de la nourriture, un quart avec de l’eau et laisser un quart vide pour la circulation de l’air », (Hatha Yoga Pradîpika 58-121).
Chercher à établir une distinction entre la nourriture Sattvique, Rajasique, Tamasique.

NIYÂMAS – règles individuelles – Orienter la pensée vers l’unité fondamentale des choses, détourner cette pensée des dualités, des différences, des contraires, afin de sortir des contraintes des lois imposées par la nature.

SAUCHA : Pureté externe (bahya sauça), et pureté interne (antar sauça).
Bahya sauça est la purification du corps par des bains, l’utilisation de l’eau, du savon, de certaines préparations indiennes ou des poudres médicales connues comme triphala (assortiment de trois fruits).
Antar sauça est la pureté intérieure réalisée par des techniques yoguiques telles que : Vastra dhauti nettoyage de l’estomac avec une bande de gaze – Jala néti nettoyage nasal avec un lota et de l’eau salée – Sûtra néti nettoyage des fosses nasales avec une cordelette ou un cathéter – Vâmana dhauti nettoyage de l’estomac avec de l’eau – Uddiyana bandha remontée de l’estomac – Nauli kriyâ rotation des grands droits – Agnisara dhauti nettoyage abdominal – Hrid ou Chandra dhauti nettoyage de la langue – Karna dhauti nettoyage des oreilles – Brahmâ datuna kriyâ nettoyage de l’estomac avec une ficelle – Uttara basti nettoyage des conduits génitaux etc. (Certains nettoyages peuvent être dangereux, et ne sont pas forcément nécessaires à notre époque – Ex. : Brahmâ datuna kriyâ).

La pureté externe est de trois sortes : envers la famille, sur les objets d’usage – la pureté du corps, la purification des organes sensoriels et mentaux est la plus importante.

La pratique de sauça permet une efficacité sur deux plans : Sur le corps physique, car elle permet l’élimination des sédiments, encroûtements, bactéries et autres sources possibles de maladies plus ou moins graves. Sur le plan astral, en dégageant les nâdis (vaisseaux subtils), stimulant les chakras, ce qui entraîne une libération des enfermements, peurs, craintes, tendances négatives.
Par la pratique de sauça, le corps est purifié par l’eau, le mental par la véracité et l’intellect par la connaissance vraie dépourvue de virparyâya (perversion), et de vikalpa (illusion verbale).

SANTOSA : Se traduit par : sérénité, équanimité, contentement, être heureux de ce que l’on a, avoir le désir de ne pas prendre plus que ce qui est nécessaire. Ne pas être déçu en ne recevant pas autant que prévu, ne pas se sentir heureux d’obtenir plus que ce qui était prévu.
Santosa est une invitation pour abandonner l’avidité, l’avarice afin de chercher à ne pas être troublé ni se plaindre de quoi que ce soit. La pratique de Santosa développe un état d’esprit qui évite tous les conflits intérieurs. Satisfaire le sentiment de besoin est stérile, car sans fin.

TAPAS : Se traduit par : austérité, chaleur, ardeur interne, souffrance, mortification, macération du corps, pénitence, ferveur, dévotion, pratique austère, ascèse, vie érémitique, effort intense et continu, pratique nécessaire pour atteindre le but qui a été fixé, égalité devant les contraires, discipline de soi. Le Yogi doit chercher le silence dans tous les cas où aucune parole ne peut expliquer. Pratiquer Tapas, c’est développer l’ardeur interne en vue d’aller vers la libération.

La pratique de tapas comprend : L’austérité physique qui consiste à se soumettre à une discipline physique, permettant de résister à la soif, la faim, au froid, au chaud, à l’inconfort des lieux et des postures, au silence. L’austérité de langage pour renoncer aux paroles dures, fausses, viles, cruelles, trompeuses, hypocrites, pour ne dire que ce qui est nécessaire et vrai. 

Avant de parler, Bouddha faisait cette recommandation : « Ce que je vais dire, est-ce vrai ? Est-ce nécessaire ? Est-ce bienveillant ? ».
L’austérité mentale qui consiste à supprimer la colère, les désirs mauvais, l’avidité, l’attachement, la vanité et pratiquer le silence en soi.

« La pratique de Tapas est le chemin vers la perfection. Sans cette pratique, il n’est pas possible de gagner le bonheur matériel et spirituel », (Vyasa – sage légendaire auquel on attribue la composition du Véda, du Mahâbhârata, des Purâna, etc.). Une insistance est faite sur ce point : TAPAS doit être pratiqué en fonction des possibilités de notre santé.

SVADHYAYA : Etude et réflexion de soi, l’être se place en recul pour s’isoler, regarder , observer en lui. Cela permet de lire en soi, de corriger ses mauvais penchants, de tirer le meilleur de soi même. La pratique de svadhyaya comprend l’étude des textes sacrés pour les mettre en œuvre, cependant seule l’expérience intérieure est la seule expérience véritable. L’érudit n’en goûte que le petit lait.

La récitation du Pranava « OM », de la Gayatri mantra. (Le Pranava « OM » est le passeur, celui qui permet de passer sur l’autre rive). « L’homme doit découvrir sa propre nature, et c’est en elle qu’il doit trouver son svadharma (devoir social, loi de sa vie, loi de son être) – Bhagavad-Gîtâ ». Cela permet de prendre conscience que toute création est divine, que tous les êtres sont reliés entre eux, que l’énergie qui m’anime est la même que celle qui anime l’univers entier.

ISHVARAPRANIDHANA : Orientation du mental vers ce qu’il y a de plus élevé, offrande de toutes les actions à Ishvara. (Ishvara est le maître de tout – Pranidhana : envoyer le prâna vers Isvadévata, ou tourner le regard vers Isvadévata – aussi : conduite respectueuse envers quelqu’un)
Cela aide à développer la conscience de l’absolu à travers les efforts du corps, du langage, du mental, élimine l’orgueil, l’égoïsme, l’égocentrisme et rend humble, qualité indispensable à tout éveil spirituel. Étape qui correspond au Karma Yoga (action désintéressée, agir sans rien attendre en retour).
Selon Vyasa, Ishvara Pranidhana est « le fait d’offrir toutes ses actions à Ishvara. C’est tracer le chemin vers la libération, vers le but à atteindre. Il faut s’identifier à Ishvara. Par Pranidhana vers Ishvara on obtient le Samâdhi ». Ishvara représente la divinité intérieure avant toute création. C’est le Guru des sages non limité par le temps et l’espace. Il y a trois genres de Guru : l’upa guru celui qui apporte l’initiation, les techniques. Le Sat Guru est celui qui fait vivre l’expérience intérieure. L’Antar Guru est le Guru intérieur.

BUTS ET EFFETS DE LA PRATIQUE DES YÂMAS ET NIYÂMAS
Ce sont des étapes pour parvenir à la réalisation – Seulement ce qui est en rapport avec l’univers réel est permanent. En pratiquant pour un but particulier, les résultats sont divers – En pratiquant pour un but fondamental, le résultat est unique et permanent.


ÂSANAS –
Les âsanas sont innombrables, quatre-vingt-quatre postures de base comportant de très nombreuses variantes totalisant huit millions quatre centre mille possibilités. Les âsanas permettent une connexion entre le corps physique, le mental, le système émotionnel et le corps astral (sûkshma sharîra). Elles permettent à l’être humain d’effectuer un travail sur lui, dans le silence, l’immobilité, à la recherche de la profondeur de son être.

Chaque âsana porte un nom spécifique inspiré par la vie toute entière et est : Symbole d’un objet : halasana posture de la charrue – dhanurasana posture de l’arc. D’un animal : ranahaddu posture du vautour – bhujangasana posture du cobra. D’un astre : suryanamaskara la salutation au soleil – vajrasana posture de la foudre. D’un végétal : vrikshasana posture de l’arbre – Padmasana posture du lotus. D’un être mythologique : Hanumân âsana posture du dieu singe – Shiva arcka yogasana posture de l’arc de Shiva. De la vie animale : simhasana posture du lion – makarâsana posture du crocodile – gomukhasana posture de la tête de vache. De la vie humaine : veerasana posture du héros. Asana symboliques : mahamûdra posture de la grande lumière – trikosana posture du triangle (il fait la liaison entre la terre et le ciel). Ou symbole de sages réalisés : Matsyendrasana posture du sage Matsyendra – Mahavira etc., 

Parmi toutes les âsanas, une est essentielle  »Padmasana » (le lotus), elle donne accès à la méditation dans une grande stabilité. «Tant qu’un aspirant ne peut pas rester assis et sans fatigue pendant trois heures, il ne peut pas progresser dans la sâdhanâ intérieure de Dharâna, Dhyâna et Samâdhi»,  (Swami Yogheswarananda Saraswati).
Deux autres sont très importantes pour la régénération du corps tout entier : sirsâsana (posture sur la tête) considérée comme le Roi, le Père des âsanas et sarvangâsana (la chandelle) considérée comme la Mère des âsanas.
Neuf autres sont estimées importantes : halasana la charrue – matsyasana le poisson – mahamûdra la grande lumière – Matsyendrasana torsion – Paschimottanasana la pince – salabhasana la sauterelle – dhanurasana l’arc – vrischikasana le scorpion – mayurasana le paon.

La pratique des âsanas permet de consolider les fondations physiques, physiologiques, psychologiques, et prépare le terrain pour l’éveil spirituel.
Les résultats obtenue seront : développement de la force musculaire et de la souplesse, renforcement , de la physiologie, de tous les organes internes et leurs purifications. Avec quelques années de pratique personnelle, chacun peut y trouver sa propre méthode de régénération, de guérison face à certaines maladies plus ou moins bénignes.
Certaines mauvaises habitudes comme fumer, se droguer, boire trop d’alcool, de boissons excitantes, trop manger, etc. doivent disparaître.
Il y aura une meilleure santé, une meilleure résistance générale, un développement harmonieux du corps physique et de l’esprit.

La pratique des âsanas est un moyen intermédiaire pour accéder à la connaissance de soi

PRÂNÂYÂMA – Le mot prânâyâma est constitué de « prâna » énergie vitale de l’air, en correspondance avec les ions négatifs, et de « yama » purification. Il existe de nombreuses techniques de prânâyâma. Elles permettent de développer par un contrôle respiratoire efficace, l’équilibre intérieur, émotionnel, l’équanimité.

« Tel le feu le lion ou l’orage, si le prânâyâma est mal pratiqué, il tuera l’élève »

Parmi les diverses techniques, quelques prânâyâmas pratiqués couramment : ujjayi le bruissement, kapalabhati le petit soufflet ou nettoyage du crâne, Bhastrika le grand soufflet ou soufflet de forge, sukha pûrvaka la respiration facile, nâdi sodhana prânâyâma respiration alternée, brahmari  l’abeille, samâdhi prânâyâma avec récitation du OM, etc.

Extrait de la science spirituelle du kriyâ yoga de Goswami kriyananda – édition Arista ».  Lorsque le prânâyâma est réussi, kundalinî s’éveille et deux sensations sont perçues au niveau de l’axe vertébral. Un pétillement qui monte et une chaleur qui descend . Le pétillement qui monte (Brahmâ kundalinî), dissout les courants d’énergie, c’est une force grossière. La chaleur descendante (Vishnu kundalinî), maintient les courants d’énergie, c’est une force subtile. Une dernière force (Shiva kundalinî), recrée les courants d’énergie, elle produit une sensation béatifiante, c’est une force très subtile.

Ces trois courants d’énergie ont un rapport direct avec les trois gunas (modes d’être de la matière énergétique) : Sattva – énergie convergente qui produit rayonnement et harmonie, principe de lumière et de connaissance vraie. Tamas – énergie divergente opposée à Sattva qui produit ignorance, inertie, principe d’obscurité. Rajas – force orbitant, résultat du croisement des deux autres, source de convoitise, d’attachement, principe énergétique créant le mouvement, l’action.

La pratique du prânâyâma facilite l’ouverture des nâdis Idâ (lunaire – narine gauche), et Pingalâ (solaire – narine droite).

Lorsque les nâdis sont obturés, des troubles apparaissent tels que : Narine gauche obturée, problèmes de dépression, d’insomnie, d’excitation, de nervosité, d’instabilité, de violence, de colère, etc. Narine droite obturée, problème d’inertie, de somnolence, d’apathie, de nonchalance, etc.
Bien que les flux d’énergie se trouvent alternés à peu près toutes les 80 minutes, et modifiés en fonction des états psychiques, des positions corporelles, de la nourriture ingérée, etc… d’une manière générale la narine gauche (Idâ), devrait être davantage active dans la journée, et la narine droite (Pingalâ), durant la nuit.
Par la pratique des prânâyâmas, les flux de l’énergie sont contrôlés. Le résultat sera d’être plus équilibré, plus calme, plus serein, plus attentif, moins craintif, plus optimiste, avec une meilleure concentration.

D’après les textes du Gautamiya tantra : « Il n’existe aucun principe, aucune austérité, aucune connaissance, aucun état, aucun trésor ni autre chose supérieure au prânâyâma. Quelle que soit la quantité de pratique que vous ferez, si vous n’y ajoutez pas le prânâyâma, elles deviendront stériles ».

Durant la vie courante, lors de l’expiration normale, le souffle est expulsé à 20 cm. Environ 35 cm si l’on chante, 50 cm si l’on marche, 70 cm pendant le sommeil et environ 85 cm lors de l’acte sexuel. Cet allongement respiratoire produit une perte d’énergie et réduit la vitalité.
Lors des pratiques de prânâyâma, la longueur du souffle émis est très importante. le pratiquant doit développer son attention afin de ressentir le prâna pénétrer de façon régulière dans les fosses nasales, derrière le front, dans la gorge, la poitrine, jusque dans les alvéoles pulmonaires. Il faut s’exercer à ce que l’expiration soit la plus lente (en durée), et la plus courte possible (en distance).

Plus l’expiration est raccourcie, plus on augmente la vitalité, le dynamisme. Au cours de la pratique, le développement de l’attention est essentiel, les préoccupations journalières ne doivent pas prendre le dessus. il ne faut ressentir ni saccade cardiaque, ni secousse, ni déséquilibre. Si cela est la cas, alors il faut d’abord travailler davantage les âsanas.

« Lorsque le souffle est agité, l’esprit est agité. Lorsque le souffle est immobile, le Yogi atteint la fixité. C’est pourquoi l’on doit discipliner le souffle (Hatha Yoga Pradîpika) ».
« Comme le vent purifie l’atmosphère de la fumée et des impuretés, le prânâyâma extirpe les impuretés du corps et de l’esprit. Alors le Feu Divin intérieur s’embrase dans toute sa gloire, l’esprit devient propre à la concentration et à la contemplation. Long est le chemin, lentement les ténèbres sont chassées par l’aurore (Yoga sûtras de Patanjali) ».

PRATYÂHÂRA – Praty indique un mouvement en sens inverse – Ha se traduit par le fait de rester en arrière, en recul – Pratyahara est une invitation à l’abstraction, à la résorption, cela est généralement traduit par « retrait des sens ».

Le retrait des sens s’effectue selon différents modes : De façon ordinaire, lorsque nous agissons de façon déterminée pour accomplir une tâche alors que les sens sont au repos. Seule importe la tâche à réaliser et il n’y a ni réflexion, ni réaction des sens. Dans le mode le plus vaste, cette étape indique une période d’arrêt des fluctuations du mental et des réactions sensorielles à travers la recherche de l’immobilité et de la stabilité intérieure.

Pendant les pratiques du Yoga (âsana et prânâyâma), pratyâhâra s’obtient lorsque l’être humain est en état d’arrêt, soit par la stabilité physique et mentale ressentie lors d’une posture, soit au cours de la pratique du prânâyâma, soit par une recherche du contrôle des sankalpas (mouvements de pensées), et vikalpas (imaginations, imprégnations liées aux expériences passées). Ce contrôle pratiqué durant un certain temps mènera automatiquement vers l’étape suivante, dharâna.

Au stade de Pratyâhâra, la conscience des trois gunas se manifeste ainsi : Pour rajas, dans le sens des qualités de mouvement et d’action permettant de tendre vers un but unique et volontaire guidé par l’être vital. Pour sattva, dans le sens des qualités de vertu, de pureté et de bonté qui réalisent l’être, sattva crée alors la plénitude, la sérénité et l’épanouissement intérieur. Pour tamas, dans le sens des qualités d’obscurité, tamas stoppe l’activité de rajas et la réalisation de sattva.

L’étape de Pratyâhâra permet de ressentir quel est le vrai but de sa vie et de savoir accepter celle-ci telle qu’elle est.

Dans l’état de Pratyâhâra les sens cessent de courir après les objets extérieurs, s’intériorisent, s’apaisent et renoncent à leur soif d’objets. Alors les choix seront plutôt portés vers ce qui est bon, juste, agréable et la paix intérieure commencera à s’installer (Swami Yogheswarananda Saraswati).

Les cinq premières étapes YÂMAS – NIYÂMAS -ÂSANAS – PRÂNÂYÂMA – PRATYÂHÂRA  constituent des ascèses du corps ou du mental – Les trois dernières étapes DHARANA – DYANA – SAMÂDHI donnent accès à une évolution hors du mental et des conceptions ordinaires de la vie.

DHARANASe traduit par concentration de l’esprit accompagné de l’arrêt du souffle, certitude, qui tient, porte, garde dans la mémoire, préserve, protège, qui assume la forme de, se maîtriser. Cela est habituellement traduit par Concentration.

Extrait de Yoga Dipika – Lumière sur le Yoga de B.K.S. Iyengar : « Quand le corps a été trempé par les âsanas, quand l’esprit a été raffiné par le feu du prânâyâma. Et quand les sens on été maîtrisés par Pratyâhâra, le pratiquant atteint la sixième étape appelée dharâna. Il est concentré totalement sur un point unique, ou une tâche qui l’absorbe complètement ».

« Dans l’état de Dharâna il faut comprendre que par la simple concentration sur la forme extérieure d’un objet donné, il n’y a pas de véritable réalisation ou vision intuitive, car les vrittis (activités mentales) ne sont pas apaisés » (Swami Yogheswarananda Saraswati).

« La concentration est atteinte lorsqu’un objet est fixé par l’intellect (buddhi), dans la mémoire mentale (chitta), sans l’aide des sens. Dans cet état on peut voir très proche de soi, un individu en personne et lui parler, où qu’il soit. La distance peut-être vaincue par le mental. La distance est une projection du mental, elle peut-être diminuée par la concentration » (Yoga Sûtra – sûtra 1 du Vibhuti padah).

Pour comprendre cette étape, les « Yoga sûtra » décrivent cinq sortes d’états du mental. Les trois premiers états correspondent à l’étape Dharâna.

Le premier état est Mudhâvasthâ – L’état d’illusion : L’état tamasique y est prédominant. Cet état est causé par les désirs, la convoitise, la colère, l’avidité, etc. L’ignorance, l’extrême attachement, l’infortune, etc. en sont les résultats. La négligence, la morbidité, la mauvaise humeur, etc. se manifestent souvent dans la conduite. Selon B.K.S. Iyengar, à ce stade l’esprit est insensé, lourd et stupide, les désirs ne sont ni ordonnés ni contrôlés.
Le deuxième état est Kshiptâvasthâ – L’état du comportement mélangé. L’état rajasique y est prédominant. Le bien et le mal, le goût et le dégoût, l’attachement et l’aversion, la connaissance et l’ignorance, la prospérité et l’infortune y sont mélangés et par moment s’y dominent mutuellement. Parfois l’état sattvique remplace l’état rajasique, il y a alors un intérêt à apprendre, à comprendre, un intérêt temporaire à la spiritualité, etc. Cet état est rencontré chez les gens d’une manière générale.
Le troisième état est Kshiptâvasthâ – L’état de perturbation occasionnelle. L’état sattvique y est prédominant. Mais de temps à autre, l’état rajasique surgit et quelquefois aussi l’état tamasique. L’aspiration à la connaissance, à la vie divine, au détachement est remarquable. Cet état est l’apanage des personnes nobles et des aspirants spirituels.

Selon Swami Satyananda dans son livre « Méditations Tantriques » : Durant cette étape, le mental est encore en état d’agitation ; il est toujours assailli par des pensées. Celles-ci n’ont rien à voir avec le présent car tous les messages venant de l’extérieur ont été coupés. Il y a les souvenirs du passé et les projections dans le futur. Dans la concentration yoguique, les processus du mental ne sont pas annulés. Le mental a conscience d’un objet, mais au lieu de rester en surface, il envisage les aspects plus profonds de cet objet. Il le perçoit sous des perspectives qui ne lui apparaissaient pas auparavant quand le mental papillonnait en tous sens. Maintenir son mental sur un seul objet est un tour de force. Sa réussite amène à une compréhension profonde de l’objet considéré. Lorsque le mental est complètement purifié, la concentration survient d’elle-même, sans aucune trace d’effort particulier.

DYANA – Se traduit par méditation, contemplation mentale, se plonger dans la méditation.

Quand la concentration est accomplie, c’est l’état de Dhyâna ou l’état de méditation, un état ou le pratiquant n’est pas conscient du temps, de l’espace et de la causalité. Le Yogi demeure alors dans un état de conscience qu’aucun mot ne peut expliquer. L’esprit est rendu lumineux par l’éclat de Dhyâna. Le Yogi voit la lumière qui brille en son cœur. Il devient une lumière pour lui-même et pour les autres. A ce stade se développe une connaissance infaillible et la science des objets supra-sensoriels. Tout est absolument clair (Parama Pratyaksha). La connaissance des trois gunas et de leur mode d’être est réalisée. Les aspects de Tamas et Rajas n’ont plus d’influence.

Alors est développé le quatrième état du Chitta « Ekâgratâ » (la concentration aiguë). Le mental devient pur et transparent. Il est dénué de l’inconstance, de l’attachement, de l’aversion, etc. Une personne qui a un tel état d’esprit possède des capacités intellectuelles supérieures et sait exactement ce qu’elle veut, elle fait appel à toutes ses ressources pour atteindre son but.

« La personne dont l’esprit est Ekâgratâ a besoin de Bhakti (dévotion), et de concentration sur le divin pour garder son équilibre mental de façon à toujours aller dans la bonne direction. Elle ne connaîtra pas le véritable bonheur tant que n’aura pas disparu la conscience de « JE » et de « MON » (B.K.S Iyengar) ».

Le yoga s’adresse à tous ceux qui ont le désir profond de vivre avec sincérité, justice, paix et amour, sans fuir en aucune mesure la vie extérieure, mais en s’unissant à elle et en se réalisant à travers elle.

SAMÂDHI – Culmination ou réalisation du Soi.

« Équanimité du mental, habileté à demeurer inaltéré par les actions et les résultats, non asservissement aux souffrances et angoisses, demeurer en son propre et réel soi est Yoga ». (Srîmad Bhagavad-Gîtâ).
« Chaque fois que le yogi veut parvenir au samâdhi il lui faut d’abord pratiquer la concentration (Dharâna), puis la contemplation (Dhyâna), et ensuite seulement il est en mesure d’arriver au samâdhi ». (sûtra 4 du Vibhuti padah des Yoga-sûtras)

« Samâdhi est un état subtil de Chitta et de l’Intellect qui met en évidence, par leur analyse, la nature subtile et essentielle des objets » (Science de l’âme de S.Y.S).

Il existe deux formes de samâdhi : Savichâra Samâdhi et Nirvichâra Samâdhi. Leur expérience est associée au guna qui prédomine dans la mémoire (chitta) et dans l’intellect (buddhi). Le premier degré Savichâra Samâdhi comprend l’expérience à prédominance tamasique et rajasique.
Dans l’état à prédominance tamasique, il y a l’expérience du vide (Sunya), qui ressemble à un sommeil lourd. Il n’y a pas de connaissance essentielle, ni d’expérience positive.

Dans l’état à prédominance rajasique la progression s’effectue ainsi : Il y a d’abord identification avec la conscience individuelle (jîvâtman – état de causalité), appelé Savitarka samâdhi. Ensuite se développe la conscience de « je vois », le voyant s’établit dans sa cause essentielle, étape appelée Savitarka samâdhi. Puis l’intellect (buddhi), perçoit les fonctions des objets. Le sens de la vision juste se développe et tous les objets sont perçus comme divins. Savichâra Samâdhi est alors atteint. A ce stade on réalise tous les plans énoncés par le Sâmkhya jusqu’à Prakriti.

Le deuxième degré Nirvichâra samâdhi est un samâdhi à prédominance sattvique. Il refrène rajas à tel point que ahamkâra est incapable de montrer même une vritti (agitation) imperceptible. C’est l’absence de toutes les pensées et l’affermissement dans la nature essentielle.
Ce deuxième degré comporte différentes phases : Chitta identifié avec l’objet de la méditation coule en un courant continue, cela donne naissance à une forme particulière de félicité, alors surgit la joie, c’est pourquoi il est appelé Samâdhi joyeux Chitta est tellement purifié que la félicité qui se dégage ne peut-être décrite par des paroles, elle est expérimentée par le cœur. Cette phase est appelée Anandânugata Samâdhi.
Puis le Yogi réalise « Je Suis » il lui est alors possible de discriminer Purusha de Prakriti dans le Chitta. On atteint Vivéka-Khyati (connaissance discriminatoire) qui confère la réalisation de Soi. La matière mentale est illuminée par Purusha. Le Yogi atteint alors Adyâtma Prâsada (la luminosité de l’âme). Cela porte le nom de Ritambharâ Prajnâ (la vision porteuse de vérité).

Tous ces samâdhi sont connus comme sabîja (avec semence), car ils donnent naissance à la distraction car il y a pour tous quelques formes de support dans le chitta. Pour atteindre au samâdhi sans distraction, donc sans semence – Nirbîja Samâdhi – c’est-à-dire qui est privé de toute forme de support dans le chitta, cette expérience est appelée Asamprajnata samâdhi. L’âme réside dans sa nature essentielle et il n’y a pas de connaissance appartenant au chitta. Même à ce stade, après la cessation de toutes les pensées, les samskâras(impressions), ne sont pas détruites.

Il faut alors expérimenter Nirbîja samâdhi (le véritable repos de l’âme en elle-même),dans Asamprajnata samâdhi pour que les samskâras soient détruites. Cela produit Parama Vairâgya (l’impassibilité suprême).

Le Yogi parvenu au but ultime de sa quête devient un jîvanmukti, un libéré vivant.

La plupart de ces enseignements (en ce qui concerne la dernière phase – samâdhi) sont extraits de la « Science de l’âme » de Swami Yogheswarananda Saraswati.